Octobre 2007

Les plus anciennes traces d’Homo sapiens

Une équipe internationale de chercheurs rapporte, dans la revue Nature, des traces de vie humaine dans une zone côtière d’Afrique du Sud, il y a 164.000 ans de cela. Les habitants des lieux se nourrissaient de produits de la mer, utilisaient des instruments munis de lames ainsi que des pigments rouges, probablement pour des actes et comportements symboliques. Ces traits de la vie humaine sont par conséquent beaucoup plus anciens que ce que l’archéologie avançait jusqu’à maintenant.

A cette époque reculée, en cette région, les humains ont élargi leur régime alimentaire en y incluant les crustacés et autres ressources marines, probablement en réponse à de dures conditions climatiques, note Curtis Marean, professeur à l’Arizona State University’s School of Human Evolution and Social Change. Ce comportement est le plus ancien jamais observé, ajoute-t-il. Outre cette évolution du régime alimentaire et l’utilisation de pigments pour des comportements symboliques, les chercheurs ont relevé l’existence de la technique complexe de la lame en pierre, auparavant datée de moins 70.000 ans.

Ces découvertes non seulement repoussent dans le temps les débuts des marques évolutives des humains modernes, mais montrent que les styles de vie centrés sur les habitats et ressources côtiers pourraient avoir été cruciaux dans l’évolution et la survie des humains.

Après des décennies de débats, les paléoanthropologues sont tombés d’accord sur le fait que les indications génétiques et fossiles suggèrent que les humais modernes – Homo sapiens – sont apparus en Afrique entre moins 100.000 et moins 200.000 ans. Mais en quelle région d’Afrique cette étape cruciale est-elle intervenue? Entre moins 125.000 et moins 195.000 ans, la Terre traversait une période glaciaire, et la majeure partie de l’Afrique était sèche, essentiellement désertique. En de nombreux endroits, s’alimenter était un exercice difficile. Les données paléoenvironnementales indiquent que seulement cinq régions dans toute l’Afrique se prêtaient à la survie, déclare Marean. A la recherche du «site parfait» à explorer, les chercheurs ont analysé, entre autres données, les courants océaniques, les données climatiques et les formations géologiques. Ils ont ainsi déterminé un lieu favorable à la présence d’une de ces populations-mères : le Cap, en Afrique du Sud, au Pinnacle Point.

D’une manière générale, les zones côtières n’étaient guère utiles aux premiers humains, ceux-ci ne sachant comment utiliser la mer en tant que source de nourriture. Pendant des millions d’années, nos plus anciens parents chasseurs-cueilleurs ne consommaient que des animaux et des plantes terrestres. Les crustacés ont été une des dernières additions au régime alimentaire avant l’introduction des plantes cultivées et des animaux domestiqués. Les plus anciens indices de l’utilisation humaine des ressources marines et des habitats côtiers remontaient jusqu’alors à moins 125.000 ans. Les dernières recherches montrent que celle-ci avait débuté au moins 40.000 ans plus tôt.

Les zones côtières procurent généralement de grandes routes de migration, indique Marean. Le fait de savoir comment exploiter la mer pour s’alimenter signifie que ces premiers humains modernes pouvaient désormais intégrer les zones côtières dans la gamme de leur lieu d’habitation et de production et se mouvoir sur de longues distances.

Cette découverte montre que l’Afrique, et particulièrement l’Afrique du Sud, a été précieuse en ce qui concerne le développement de la biologie et du comportement de l’homme moderne. Il y aurait eu à l’extrême sud de l’Afrique une petite population d’humains modernes qui, durant cette période glaciaire, se maintenait par le biais de la consommation des produits de la mer et l’utilisation de technologies avancées. Leurs actes et comportements symboliques auraient été importants en terme de relations sociales. Cette population a pu être la population-mère de tous les humains modernes, avance Marean.


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