Août 2007

Révision de la conception des débuts évolutifs du genre Homo

La découverte de deux fossiles jette une lumière nouvelle sur une période importante de la préhistoire humaine, celle des débuts de notre genre, Homo. L’évolution humaine sur les deux derniers millions d’années est souvent décrite comme une succession linéaire de trois espèces : Homo habilis, Homo erectus et Homo sapiens. Parmi ceux-ci, Homo erectus est communément perçu comme étant le premier ancêtre humain ressemblant à Homo sapiens sous de nombreux aspects, en étant doté d’un cerveau plus petit. Or, tant l’âge géologique relatif des nouveaux fossiles que leurs attributs physiques amènent à réviser ces conceptions sur notre ancêtre humain.

L’un des deux fossiles, un os de mâchoire supérieure d’Homo habilis (KNM-ER 42703), date de 1.44 million d’années, ce qui est plus récent que les fossiles auparavant connus de cette espèce. Ceci signifie qu’Homo habilis et Homo erectus ont vécu côte à côte en Afrique de l’Est pendant près de 500.000 ans. Cette coexistence rend improbable le fait qu’Homo erectus ait évolué à partir d’Homo habilis, déclare Meave Leakey, un des principaux auteurs de l’article paru sur le sujet dans la revue Nature du 9 août. Au lieu de cela, les deux espèces doivent avoir eu leur origine entre il y a deux et trois millions d’années. Qu’elles soient demeurées en tant qu’espèces individuelles sur une longue durée suggère qu’elles avaient leur propre niche écologique, évitant ainsi une compétition directe, ajoute-t-elle.

Le second fossile (KNM-ER 42700), trouvé dans la même région du Nord Kenya, est un crâne très bien préservé d’Homo erectus, qui date de 1.55 million d’années. La dimension du fossile a étonné les chercheurs : il s’agit du plus petit Homo erectus découvert jusqu’à présent, indique Fred Spoor, autre auteur de l’article. La variation de la dimension des fossiles d’Homo erectus d’Afrique de l’Est, de ce petit spécimen au grand spécimen auparavant découvert dans la gorge d’Olvudai, en Tanzanie voisine, correspond presque à celle observée chez les gorilles. Chez ces derniers, les mâles sont beaucoup plus grands que les femelles. Ce dimorphisme sexuel est en relation avec leur stratégie destinée à avoir de multiples partenaires. Le nouveau fossile kenyan suggère, contrairement à l’idée admise, que ceci aurait été vrai concernant Homo erectus. Parce qu’un grand dimorphisme sexuel est considéré comme étant un trait primitif ou ancestral lors de l’évolution humaine, la dernière découverte implique qu’Homo erectus ne ressemblait pas à l’homme.

Les nouveaux fossiles ont été découverts dans le cadre du Koobi Fora Research Project, par une équipe internationale de scientifiques dirigée par Meave et Louise Leakey, en relation avec les National Museums of Kenya (NMK).


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