Mars 2007

Le stress chez les primates

Comment s’explique le fait que les humains et leurs cousins primates contractent un plus grand nombre de maladies liées au stress que les autres membres du règne animal ? Le neuroscientifique Robert Sapolsky fait remarquer que les humains et les singes ont un niveau d’organisation qui leur permet de dégager une proportion importante de temps libre, qu’ils consacrent à se rendre malades en établissant un climat de stress psychosocial. C’est ainsi que le chercheur, qui a travaillé pendant près de trois décennies à étudier les effets physiologiques du stress sur la santé, présente l’état de l’homme moderne. Il a exposé les implications biologiques et sociologiques du stress le 17 février, lors de la rencontre annuelle de l’Association Américaine pour l’Avancement de la Science (San Francisco).

Tous les vertébrés répondent à une situation de stress en libérant des hormones telles que l’adrénaline et les glucocorticoïdes, lesquelles accroissent instantanément le rythme cardiaque de l’animal et son niveau d’énergie. La réponse au stress est très ancienne au plan évolutionnaire. Les poissons, les oiseaux et les reptiles sécrètent les mêmes hormones du stress que les primates, dont les humains. Mais leur métabolisme n’engendre pas la perte de moyens qui se produit chez ces derniers. Pour comprendre la différence, le chercheur met en parallèle deux situations avec, d’un côté, la réponse d’un organisme confronté à un stress réel face à un danger imminent, menaçant son intégrité physique, sa vie, et, de l’autre, la réponse à un stress identique, sur une durée de plusieurs mois, uniquement de nature psychosociale.

Dans le court terme, les hormones du stress sont très bien adaptées, constituant une aide précieuse à la survie face à une menace inattendue, avec mobilisation d’énergie musculaire, élévation de la pression artérielle, stimulation de certains aspects de la mémorisation et de l’apprentissage, abandon de toute tâche non essentielle à la survie : digestion, croissance, reproduction. Mais une situation facteur de stress, sans danger vital, telle qu’être inquiet constamment pour des raisons financières ou professionnelles, déclenche aussi la libération d’adrénaline et d’autres hormones du stress, qui, dans la durée, a des conséquences dévastatrices sur la santé. Etre en situation de réponse à un stress chronique pour des raisons purement psychosociales accroît, chez les adultes, le risque de survenue de diabète et d’hypertension, entre autres. Le stress de long terme affaiblit en outre considérablement le système immunitaire, favorisant la contraction de maladies infectieuses. Par ailleurs, le vieillissement de l’ADN des chromosomes s’accélère chez les adultes jeunes en bonne santé soumis à une expérience psychologiquement extrêmement stressante. Autre conséquence : l’altération de multiples aspects de la fonction cérébrale. Chez l’enfant, la libération continue de glucocorticoïdes peut supprimer la sécrétion des hormones de la croissance.

Le chercheur fait observer que les babouins présentent des maladies que d’autres animaux sociaux ne présentent pas généralement. Une gazelle, par exemple, présente une vie émotionnelle peu complexe en comparaison de celle d'un primate. D’autres animaux hautement intelligents tels que les éléphants, les baleines, et d’autres mammifères, sont dotés d’une vie émotionnelle complexe. L’on observe chez les babouins en mauvaise santé, comme chez les hommes en mauvaise santé, des taux relativement élevés d’hormones de stress. Leur système reproductif ne fonctionne pas aussi bien, leurs blessures guérissent plus lentement, leur tension artérielle est plus élevée, et les agents chimiques dotés de propriétés anxiolytiques présents dans le cerveau, qui présentent une similarité structurelle avec le Valium, fonctionnent différemment.

Sapolsky suggère de tout faire pour réduire le stress dans la vie quotidienne : changer de priorités, apprendre à maîtriser le stress ou entrer en thérapie. Les conditions psychosociales que l’homme crée et qui peuvent être facteur de stress, chez lui comme chez d’autres primates, peuvent tout aussi bien être utilisées par lui pour s’en protéger. L’homme est malléable, insiste Sapolski.


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