Décembre 2006

La division sexuée du travail : avantage compétitif de l’homme moderne sur l’homme de Néanderthal

Des rôles sociaux diversifiés pour les hommes, les femmes et les enfants, pourraient avoir donné à l’homme moderne un avantage sur l’homme de Néanderthal, d’après les résultats de recherches publiées dans le numéro de décembre 2006 de la revue Current Anthropology. La division économique du travail sur la base du sexe et de l’âge a émergé récemment dans l’histoire évolutive de l’homme et a facilité la propagation des hommes modernes à travers l’Eurasie, avance l’étude.

L’avantage compétitif dont auraient bénéficié les hommes modernes ne provenait pas ainsi uniquement de nouvelles armes et autres moyens, mais de l’organisation de la dimension économique de la vie autour des avantages offerts par la coopération et la complémentarité dans les fonctions de subsistance, écrivent Steven L. Kuhn et Mary C. Stiner, de l’Université d’Arizona.

Kuhn et Stiner observent que les riches données archéologiques s’agissant de l’alimentation de l’homme de Néanderthal procurent peu d’indices directs d’une dépendance vis-à-vis d’aliments de subsistance, indices tels que les pierres à moudre les noix et les grains. Néanderthal dépendait du grand gibier, une ressource importante, permettant d’alimenter son corps massif et de répondre à sa forte consommation calorique. Cette absence de diversité alimentaire et la présence de fractures réparées sur les squelettes de hommes de Néanderthal, attestant de leur vie rude et acrobatique, suggèrent que femmes et enfants parmi eux participaient activement à la chasse. Ils auraient contribué à diriger le gibier de diverses manières, par exemple en frappant les buissons ou en coupant les accès permettant la fuite. Par ailleurs, les données relatives au Néanderthal du Paléolitique Moyen ne signalent pas d’objets façonnés communément utilisés pour fabriquer des habits résistant aux intempéries, tels que des aiguilles en os.

Ce fut par conséquent l’émergence de fonctions spécifiques aux femmes, liées à la subsistance et aux tâches nécessitant une habileté intensive, qui aurait contribué à ce qu’Homo sapiens sapiens, dans les régions tropicales et sub-tropicales écologiquement marquées par la diversité, tire avantage d’autres aliments et connaisse de plus fortes densités de populations. Les espèces humaines précédentes pratiquaient des économies plus étroitement ciblées, avec des activités féminines plus strictement alignées sur celles des hommes, indiquent les auteurs. Les hommes modernes se distinguent par leurs économies coopératives qui combinent le partage généralisé et la complémentarité des rôles pour des individus d’âges et de sexes différents.


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