Décembre 2006

Le plus ancien rituel connu

Jusqu’à maintenant, les scientifiques pensaient que les premiers rituels de l’homme avaient commencé à être pratiqués il y a 40.000 ans en Europe. Cela apparaît inexact aussi bien dans le temps que dans l’espace, fait observer le Professeur Sheila Coulson, de l’Université d’Oslo. Ses recherches suggèrent que l’homme moderne, Homo sapiens, se livrait à des rituels avancés en Afrique il y a 70.000 ans. Il s’agit du plus ancien témoignage connu de rituel. La découverte a eu lieu au Botswana, dans le désert du Kalahari, au sein des Tsodilo Hills, groupe de collines s’étendant, en toutes directions, sur des centaines de kilomètres. Les Tsodilo Hills demeurent une place sacrée pour le peuple San, qui les appelle les «Montagnes des Dieux», et la «Roche qui murmure».

Le python est l’un des animaux les plus importants chez les San. Selon leur mythe de la création, l’humanité descend d’un python et les anciens lits de cours d’eau, aujourd’hui arides, serpentant autour des collines sont dits avoir été créés par le python à mesure qu’il en faisait le tour, dans sa quête incessante d’eau. La découverte montre que les individus de cette zone se livraient à un rituel spécifique associé au python. Ce rituel se tenait dans une petite grotte, sur le côté nord des Tsodilo Hills. La grotte est tellement isolée et l’accès en est si difficile qu’elle n’avait pas été découverte par les archéologues jusque dans les années 1990. Lorsque Coulson et ses trois assistants étudiants entrèrent dans la grotte cet été, ils furent frappés de constater que la roche mystérieuse ressemblait à la tête d’un immense python. Sur les six mètres de long et deux de haut d’envergure du python, ils trouvèrent trois à quatre cents empreintes qui n’ont pu être faites que par les hommes. Le jeu de la lumière du Soleil sur les empreintes leur donne l’apparence d’une peau de serpent. La nuit, la lumière du feu procure l’impression d’un serpent en mouvement.

Au cours des fouilles, les chercheurs ont trouvé plus de 13.000 objets façonnés. Il s’agissait de pointes de lance et d’objets qui pourraient avoir eu une utilisation rituelle, ainsi que des outils qui servaient à sculpter la pierre. Les pointes de lance sont mieux façonnées et plus colorées que les autres pointes de lance de l’époque et de la région. Les individus de l’âge de pierre ont pris ces pointes de lance colorées, les ont transportées à la grotte, où ils finirent de les sculpter. De manière surprenante, seules les pointes rouges avaient été brûlées. Cela est interprété par les chercheurs comme une destruction rituelle d’objets. Les résultats indiquent que les hommes étaient organisés et doués de la capacité à la pensée abstraite beaucoup plus tôt dans l’histoire que précédemment estimé.

Coulson fait par ailleurs observer l’existence d’une chambre secrète derrière le python de pierre. Le chaman, personnage très important dans la culture San, pourrait s’y être lui-même tenu caché, tout en ayant vue sur l’intérieur de la grotte. Lorsqu’il parlait de sa place, cela pourrait avoir donné l’impression que la voix provenait du serpent lui-même. Le chaman aurait été en situation de tout contrôler.

Alors que les grandes grottes et les peintures murales sont nombreuses dans les collines de Tsodilo, il n’y a que deux petites peintures à l’intérieur de cette grotte : un éléphant et une girafe. Coulson propose une explication de ces deux représentations à partir de la mythologie San. L’une des histoires mythologiques des San indique que le python tomba dans une masse d’eau et ne put en sortir de lui-même. Il en fut extrait par une girafe. L’éléphant, avec sa longue trompe, est souvent utilisé comme une métaphore du python. Dans cette grotte n’ont ainsi été découverts, fait inhabituel, que les trois plus importants animaux du peuple San : le python, l’éléphant et la girafe.

Au tournant du siècle, les archéologues croyaient que la civilisation humaine s’était développée en Europe après que nos ancêtres migrèrent d’Afrique. Cette théorie s’était trouvée affaiblie suite à la découverte par Christopher Henshilwood de traces datant de l’âge de la pierre moyen dans la grotte Blombos, en Afrique du Sud. Le siège de la dernière découverte va dans le même sens, celui de l’origine africaine de la civilisation.


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